Habitants des bidonvilles en France : Réalités hétérogènes

Habitants des bidonvilles en France : Réalités hétérogènes

La Fondation Caritas France se distingue dans le paysage philanthropique français par l’attention particulière qu’elle porte à la recherche. En effet, pour combattre les préjugés, la misère et l’exclusion, encore faut-il en connaître l’origine. C’est dans ce cadre que le Secours Catholique et la Fondation Caritas France ont en partie financé l’étude menée par Olivier Peyroux sur les populations dites « rom ».

 

Familiale, de travail, économique, les 1000 raisons du départ

L’étude a été réalisée en France sur un échantillon représentatif de 5% de la population rom vivant dans les bidonvilles sur 10 lieux dans 4 régions différentes. Elle montre que les raisons du départ sont multiples. Parmi les profils les plus représentatifs l’on trouve :

  • Les migrants économiques, généralement qualifiés, principalement issus de l’ouest du pays (15%)
  • Les exilés, issus de localités dont plus de 50% de la population a migré du fait du chômage (jusqu’à 90%) ou encore de villes sujettes à une pollution rendant les produits de base impropres à la consommation (17%)
  • Les ostracisés, généralement l’objet de politiques discriminatoires (39% mais à priori surreprésentés dans l’échantillon)

L’étude ne montre pas de corrélation directe entre des facteurs structurels tels que le faible niveau scolaire, l’absence de qualification ou la pauvreté et la décision d’émigrer. A noter que, loin du portrait du migrant économique classique (homme seul, 20-40 ans) les habitants roms des bidonvilles arrivent majoritairement en famille (3/4 enfants en moyenne).

Les enfants des bidonvilles, une situation alarmante

Cette venue en famille, si elle est éloignée des clichés, pose d’autres problèmes. En effet, le taux de scolarisation des enfants des bidonvilles reste inférieur à 50% et 30% ne sont jamais allés à l’école ce qui est alarmant. L’hétérogénéité est ici aussi la règle avec des taux de scolarisation qui varient de 20 à 100% selon les bidonvilles, parfois au sein du même département. Loin des préjugés, Olivier Peyroux indiquait récemment au journal La Croix que « si on prend les statistiques de la police et de la justice en région parisienne, on trouve un maximum de 10 % de mineurs utilisés à des fins délictueuses ».

Si le faible scolarisation n’aide pas, les problèmes d’analphabétisme préexistent souvent au départ des populations, notamment du fait de l’ostracisme qu’elles subissent dans leur pays d’origine. Parmi les autres causes: les expulsions, le temps de présence en France (plus les enfants arrivent jeunes, plus ils ont des chances d’être scolarisés), les conditions de vie précaires ou encore des phénomènes de ghettoïsation. Ces éléments entraînent également des familles dans des migrations pendulaires, empêchant tout suivi social efficace.

Pour O.Peyroux, il y a donc urgence “à agir mais aussi à innover pour sortir de l’approche trop généraliste, qui laisse de côté les plus précaires, les plus vulnérables à toute forme d’exploitation et de traite des êtres humains”.

Le rapport complet est disponible en téléchargement gratuit sur le site de La Croix.

Retrouvez également notre article sur le dernier lauréat du Prix de recherche Caritas, Thomas AGUILERA pour sa thèse de doctorat en sciences politiques intitulée : « Gouverner les illégalismes urbains. Les politiques publiques face aux squats et aux bidonvilles dans les régions de Paris et de Madrid ».

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