#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2018 – Claire Auzuret

#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2018 – Claire Auzuret

Créée sous l’égide de l’Institut de France, la Fondation de Recherche Caritas finance des recherches sur la précarité, la charité et la solidarité. Elle décerne, à l’occasion de son colloque annuel sur la pauvreté, le Prix de Recherche Caritas, doté de 10 000 euros, à un jeune chercheur en sciences sociales, pour épauler une recherche, une publication ou un projet de recherche innovant.

A l’occasion de ses 10 ans, la Fondation Caritas France vous propose de revenir sur le parcours des 10 lauréats du Prix Caritas.

Claire Auzuret : pauvre un jour, pauvre toujours ?

Pour sa neuvième édition, le jury du Prix de Recherche Caritas a décidé de récompenser le travail de Claire Auzuret, jeune universitaire nantaise, pour sa thèse de doctorat en sociologie : “Analyse des processus de sortie de la pauvreté : pauvre un jour, pauvre toujours?”.

 

FCF – Comment vous est venue l’idée/l’envie, de conduire une recherche sur ce sujet ? En quoi cela a-t ‘il impacté votre étude ?

CA – À la fin de ma licence, j’avais la volonté de faire de la recherche : je voulais comprendre les problèmes sociaux de façon holistique, dans toute leur complexité. Pour ce qui est du sujet de la pauvreté, dès mon projet de recherche de Master 1, en faisant des observations participantes, j’ai travaillé sur l’organisation et les conditions de travail des ouvrier(e)s dans une usine de produits laitiers. Mes parents sont agriculteurs et, ayant grandi en milieu rural, j’ai aussi pu y observer des ménages issus de milieux sociaux défavorisés. Mon intérêt pour le rapport au travail et à l’emploi des ouvrier(e)s a soulevé un questionnement sur les facteurs qui retardent l’insertion professionnelle des travailleurs, et m’a incité à examiner les facteurs et les processus qui contribuent à leur entrée dans la pauvreté. En effet, dans le cadre de ces travaux, j’ai constaté que des événements tels l’arrêt des études ou les difficultés à trouver un maître d’apprentissage pouvaient accroître le risque de connaître une situation de pauvreté, notamment chez des ouvrier(e)s intérimaires. Ce premier constat a nourri l’exposé du questionnement de recherche de ma thèse, en m’incitant à interroger les facteurs et les processus qui peuvent expliquer le basculement d’individus et de ménages dans la pauvreté, mais aussi hors de cette situation.

 

FCF – Quelles sont les “découvertes” les plus marquantes que vous ayez faites ?

 CA – Plus que des découvertes, je pense que le fait le plus important est que la pauvreté est multidimensionnelle. Je voulais avoir une approche globale du sujet et j’ai donc couplé analyse statistique, en utilisant les bases de données d’acteurs publics, et un travail de terrain avec des acteurs associatifs, comme les Restos du Cœur. Cette utilisation de deux axes d’investigation permet de mieux saisir les multiples facettes de la pauvreté et une complexité trop souvent escamotée par le débat public. En effet, la pauvreté peut être monétaire (vous êtes en dessous ou au-dessus d’un certain seuil de revenu) mais aussi administrative, relationnelle, subjective (fait de se sentir pauvre, perte d’estime de soi…) ou être appréhendée en termes de conditions de vie (privations cumulées par un ménage). Aussi, mon travail brosse un portrait contrasté d’une pauvreté aux mille visages, de l’étudiant au travailleur pauvre en passant par le parent isolé. En envisageant la pauvreté sous différentes facettes, on peut mieux en appréhender ses multiples impacts (sur la santé, l’image de soi, l’accès à la citoyenneté…) d’une part, et noter l’inadéquation qui existe entre la sortie d’une situation de pauvreté telle qu’elle est pensée et saisie par l’administration et telle qu’elle est vécue subjectivement par les acteurs d’autre part.

 

FCF – Qu’est-ce que le Prix Caritas a changé pour vous ? Pourquoi est-il important pour une fondation comme la Fondation Caritas France de s’intéresser à la recherche ?

CA – Je pense que son premier impact est la reconnaissance. Qu’un acteur comme la Fondation Caritas se penche sur le sujet est particulièrement intéressant. Cela permet de donner une visibilité au sujet de la pauvreté, qu’elle n’aurait pas ou moins sans ce Prix. Je pense aussi que ça peut susciter des vocations chez les novices et/ou la confirmer chez d’autres ! Enfin, j’espère que la remise du Prix de recherche Caritas contribuera à susciter des débats sur la pauvreté et la sortie de cette situation, entre les chercheurs de différentes disciplines mais aussi avec des acteurs de terrain et des responsables associatifs, institutionnels ou politiques.

Retrouvez le portrait de notre lauréat 2017 !

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