#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2017 – Margot Delon

#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2017 – Margot Delon

Créée sous l’égide de l’Institut de France, la Fondation de Recherche Caritas finance des recherches sur la précarité, la charité et la solidarité. Elle décerne, à l’occasion de son colloque annuel sur la pauvreté, le Prix de Recherche Caritas, doté de 10 000 euros, à un jeune chercheur en sciences sociales, pour épauler une recherche, une publication ou un projet de recherche innovant.

A l’occasion de ses 10 ans, la Fondation Caritas France vous propose de revenir sur le parcours des 10 lauréats du Prix Caritas.

Margot Delon, retour aux bidonvilles

Margot Delon est la lauréate 2017 du prix de recherche Caritas, lequel lui a été attribué pour sa thèse de doctorat en sociologie “Les incidences biographiques de la ségrégation : trajectoires et mémoires des enfants des bidonvilles et cités de transit de l’après-guerre en France“. Quelques jours après la remise du prix, elle revient pour la Fondation Caritas France sur son travail et ses résultats.

 

FCF – Comment vous est venue l’idée/l’envie, de conduire une recherche sur ce sujet ? En quoi cela a-t ‘il impacté votre étude ?

MD – J’ai commencé à travailler en 2010 sur des sujets de sociologie urbaine et sur la question des inégalités. En voyant des bidonvilles se construire, au XXIème siècle, aux portes de Paris, je me suis posée la question des permanences et des changements à l’œuvre pour ce type d’habitat précaire, en termes de déterminants, d’expériences et d’effets.

D’un point de vue plus personnel, il me semblait important que les effets de long terme de ce type d’habitat ne soient pas occultés. J’ai donc commencé à rencontrer les habitants qui avaient vécu dans les bidonvilles de Champigny dans les années 1960. C’est une histoire qui n’avait pas été vraiment étudiée sur le long-terme. Et ce alors même que les habitants, les causes et les effets de l’habitat précaire ne disparaissent pas avec un bulldozer. C’est pourquoi j’ai voulu retracer les trajectoires de vie de ces personnes.

 

FCF – Quelles sont les “découvertes” les plus marquantes que vous ayez faites ?

MD – Il y a plusieurs faits saillants dans les résultats de mon travail et en premier lieu le fait qu’il existe une impressionnante hétérogénéité dans les trajectoires de vie. Ainsi j’ai pu rencontrer des anciens habitants de bidonvilles qui sont aujourd’hui des ouvriers, des consultants, des employés de bureau, des artisans et chefs d’entreprise du bâtiment, des enseignants, mais aussi des personnes qui ne travaillent pas, qui vivent dans des situations de grande précarité.

Sur ce point, il est frappant de constater l’impact des politiques publiques, notamment des politiques migratoires. Les discriminations subies par les Algériens, parce qu’ils étaient des migrants coloniaux, ont eu des effets de long-terme sur leurs trajectoires, notamment résidentielles, et sur leur rapport à l’injustice.

Un autre fait saillant est que la vie en bidonville n’empêche pas, loin s’en faut, les mécanismes de reproduction sociale. Même si cela ne se voit pas forcément “à l’œil nu”, certaines familles s’en sortent mieux que d’autres. Leur habitat va être un peu plus solide, elles peuvent d’ailleurs en être propriétaires. Elles disposent d’un capital économique, culturel ou social plus important dont leurs enfants peuvent bénéficier.

Néanmoins, et c’est un dernier résultat important de mon travail, il peut se produire selon les villes des rencontres qui font basculer les parcours. Ainsi, le bidonville de Nanterre était très exposé médiatiquement. Il y avait un tissu important de militants politiques ou associatifs qui sont venus aider les habitants et qui ont favorisé les ascensions sociales de certains enfants. Le bidonville de Champigny, plus isolé, n’a pas bénéficié de la même attention et les habitants ont eu moins d’opportunités de rencontre. Les enfants ont donc davantage reproduit la position de leurs parents.

 

FCF – Qu’est-ce que le Prix Caritas a changé pour vous, à l’époque et aujourd’hui ?

MD – J’ai reçu le prix Caritas il y a deux semaines [le 21.09.2017 ndlr] donc son impact est encore limité (rire). Mais la reconnaissance dont bénéficie le prix ainsi que la dotation financière vont notamment me permettre de faire publier mon travail.

Au-delà de cet aspect, c’est très valorisant de recevoir un prix qui vient d’un acteur évoluant en dehors du monde académique. Je voulais vraiment que ce travail ne reste pas cantonné aux bibliothèques donc c’est déjà un but atteint. Par différentes publications, j’espère faire davantage connaître mon travail en direction d’un public que je n’aurais peut-être pas touché sans cela.

 

FCF – Pourquoi est-il important pour une fondation comme la Fondation Caritas France de s’intéresser à la recherche ?

MD – Le travail de terrain est primordial mais je pense qu’il est également important de prendre de la distance par rapport à son objet d’action. C’est exactement ce que fait la recherche et j’espère vraiment que cette dernière permettra aux “praticiens” de faire évoluer leurs modes d’action. Dans un contexte difficile pour eux et pour la recherche, il peut en outre être intéressant pour deux mondes de se rencontrer et d’échanger.

 

Retrouvez le portrait de notre lauréat 2016 !

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