#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2011 – Pascale Dietrich-Ragon

#10ansdeGénérosité – 10 lauréats du Prix de Recherche Caritas – 2011 – Pascale Dietrich-Ragon

Créée sous l’égide de l’Institut de France, la Fondation de Recherche Caritas finance des recherches sur la précarité, la charité et la solidarité. Elle décerne, à l’occasion de son colloque annuel sur la pauvreté, le Prix de Recherche Caritas, doté de 10 000 euros, à un jeune chercheur en sciences sociales, pour épauler une recherche, une publication ou un projet de recherche innovant.

A l’occasion de ses 10 ans, la Fondation Caritas France vous propose de revenir sur le parcours des 10 lauréats du Prix Caritas.

 

 

Pascale Dietrich-Ragon, un parcours de recherche dédié au mal-logement

Pascale Dietrich-Ragon est la 2nde lauréate du prix de recherche Caritas pour sa thèse de doctorat en sociologie “Le logement intolérable”. Aujourd’hui chargée de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED) et membre associé de l’Équipe de Recherche sur les Inégalités sociales au Centre Maurice Halbwachs, elle revient pour la Fondation Caritas sur son parcours, son prix et ses projets.

 

FCF – Comment vous est venue l’idée/l’envie, de conduire une recherche sur ce sujet ? En quoi cela a-t ‘il impacté votre étude ?

PDR- J’ai commencé à faire de la recherche lors de ma première année de master à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales (EHESS), je travaillais alors sur le saturnisme infantile et j’étais donc en contact direct avec des occupants d’habitats très dégradés.

Dans le cadre de ma thèse, j’ai travaillé avec la Société Immobilière d’Economie Mixte de la ville de Paris (SIEMP) qui était chargée de la mise en œuvre d’un plan de résorption du logement dégradé. Nous avons déployé un questionnaire quantitatif auprès de 520 personnes que nous avons interrogées de nouveau 18 mois plus tard, ce qui a permis un suivi longitudinal assez rare. Parallèlement, je suis allée dans les logements, avec et sans les acteurs institutionnels, pour échanger plus longuement avec les occupants sur leurs parcours, leurs motivations, leur vécu… J’ai également rencontré plusieurs acteurs institutionnels sur la question (ville, associations…).

Sur la question du logement tous les acteurs qui agissent ont des intérêts différents. Les mal-logés cherchent à influencer leur relogement, les institutions ont peur des stratégies de ces derniers pour bénéficier d’une HLM… Il faut donc réussir à garder une posture aussi indépendante que possible. A noter que la SIEMP m’a laissée totalement libre dans mon travail.

 

FCF – Quelles sont les points les plus saillants de votre thèse ?

PDR – Il y en a beaucoup, j’ai produit plusieurs articles sur le sujet après la publication du “Logement intolérable” aux PUF. Dans ce cadre, les immeubles que j’ai visités se trouvaient tous à Paris, un territoire prisé, et les habitants refusaient de partir de la capitale. Pour eux, mieux valait être mal logé à Paris que mieux logé ailleurs, tant ils associaient un relogement en banlieue aux cités et à la violence. Cela a pu en conduire certains à refuser des relogements. D’autres refusaient des rénovations car ils savaient que si leur logement n’était plus insalubre, ils ne pourraient pas bénéficier d’un relogement d’urgence.

Au-delà de ces aspects, le fait le plus marquant est certainement que la question du mal-logement se pose depuis le 19ème siècle et qu’elle n’a jamais été réglée. En effet, les racines du problème sont extérieures au champ du logement. Le mal-logement est une question sociale, par seulement immobilière. On a beau faire fonctionner la bétonneuse, le problème se déplace du fait de la précarité, des migrations etc.

 

FCF – Qu’est-ce que le Prix Caritas a changé pour vous, à l’époque et aujourd’hui ?

PDR – Quand j’ai su que j’allais recevoir le prix, ma thèse devait être publiée au Presses Universitaires de France. J’ai tout de suite appelé mon éditeur et on a pu rajouter une mention sur le livre pour annoncer le prix. J’étais déjà en poste à l’INED mais cela a été une distinction très importante pour moi, surtout parce qu’elle apporte une reconnaissance au-delà du monde de la recherche. Entre chercheurs on peut parler de nos sujets pendant des heures mais il est important que cela “sorte”. Le Prix de Recherche Caritas permet une médiatisation et parfois la publication des travaux, ce qui est essentiel.

Aujourd’hui, je poursuis mon travail sur le mal-logement, mais sur des problématiques connexes à celles que j’ai étudiées auparavant. J’ai élargi mon terrain aux classes moyennes. Je travaille aussi sur les jeunes passés par l’Aide Sociale à l’Enfance car parmi les jeunes sans domicile, plus du tiers sont des anciens placés… Je coordonne également avec trois collègues un ouvrage sur la vulnérabilité résidentielle qui doit paraître en 2018.

 

FCF – Pourquoi est-il important pour une fondation comme la Fondation Caritas France de s’intéresser à la recherche ?

PDR – Comme je le disais, il est important que la recherche ne reste pas confidentielle. En créant un pont entre chercheurs et associations, la Prix de Recherche Caritas permet un enrichissement mutuel. D’un point de vue plus personnel, il me permet de rencontrer les autres lauréats, de maintenir un lien avec des chercheurs.

Le prix permet également de marquer un intérêt de la société pour un sujet qui concerne tout le monde. Enfin, il favorise spécifiquement les jeunes, ce qui est essentiel, et est très bien doté pour un prix en sciences sociales! D’ailleurs, le nombre de travaux reçus pour l’année 2017 est très conséquent : plus de 70.

 

Retrouvez le portrait de notre lauréat 2010 !

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