Nicolas Duvoux

L’autonomie des assistés

Quelle perception ont les Rmistes de leur statut d’aidé ?

Le Prix 2010 de la Fondation de Recherche Caritas a été décerné à la thèse du jeune sociologue Nicolas Duvoux portant sur les allocataires du revenu minimum d’insertion (RMI). Elle montre que, dans un nouveau contexte de suspicion vis-à-vis des politiques d’assistance, tous les “Rmistes” ne perçoivent pas cette aide de la même manière.

Les plus solides l’acceptent volontiers quand ils trébuchent, mais refusent le statut d’assisté, tandis que les personnes plus en difficulté, ou victimes d’accidents de la vie, déprimées ou isolées, tentent de se stabiliser grâce à cette aide mensuelle. Et s’installent durablement dans le statut d’assisté. Le jeune chercheur souligne que ces personnes « vivent pour l’essentiel sur le mode de l’échec personnel« . Un destin dont les causes sont d’abord collectives.

Restent enfin les plus précarisés, qui cumulent graves problèmes de santé et absence de logement ou manque de formation, et vivent mal l’exigence d’autonomie rattachée au RMI. Leurs rapports avec les travailleurs sociaux, dont ils ne veulent pas être débiteurs, sont tendus. Violence des échanges. Rupture avec les institutions. L’analyse de cette troisième situation montre que la responsabilisation des individus peut parfois se retourner contre le lien social.

Ces trois perceptions différentes de l’autonomie de l’assisté (intériorisée, contrariée ou refusée) apportent un éclairage utile aux politiques sociales futures et incitent à changer de regard sur les personnes assistées.