Etudes : Les ressorts de l’engagement des créateurs de fondations familiales.

Etudes : Les ressorts de l’engagement des créateurs de fondations familiales.

Nicolas Duvoux, chercheur et professeur en sociologie à l’Université Paris VIII a réalisé pour la Fondation Caritas France une étude portant sur les ressorts de l’engagement et la réception de l’offre de la Fondation Caritas France par des créateurs de fondations familiales.

Menée au début de l’année 2017, celle-ci se penche tout particulièrement sur les chemins vers la philanthropie empruntés par les différents fondateurs. Elle aborde également les relations qu’ils entretiennent avec leurs pairs, la professionnalisation de leur démarche mais aussi le rôle de la fiscalité et l’accompagnement prodigué par la Fondation Caritas France. Réalisée via une campagne d’entretiens avec 17 fondateurs et d’autres acteurs du paysage caritatif et philanthropique français, N.Duvoux a engagé un dialogue sur les racines, les raisons et les formes de l’engagement.

 

L’accès à la démarche philanthropique

S’il est un élément régulièrement mis en avant par les philanthropes interrogés, c’est bien le fait que la Fondation Caritas a permis à des individus et des familles qui, même s’il leur faut toujours appartenir aux catégories supérieures pour pouvoir [créer une fondation], n’ont pas besoin de l’être autant que c’était le cas auparavant. Avec un droit d’entrée à 20 000€ sur 3 ans, la fondation facilite le démarrage  d’une démarche philanthropique. Cette relative accessibilité amène des cadres supérieurs à la retraite assujettis à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune ; des couples sans descendance et disposant d’un patrimoine immobilier, des héritiers de dynasties industrielles et des entrepreneurs des secteurs de la finance, des nouvelles technologies ou d’entreprises plus traditionnelles à se côtoyer.

A ce titre, l’offre de la Fondation Caritas France est particulièrement bien bien reçue. Imaginée par le Secours Catholique en 2006 et créée avec le même objectif de lutte contre la pauvreté et l’exclusion en 2008, elle est dès l’origine dotée d’une double fonction distributive et abritante.  Fruit d’une démarche d’intrapreneuriat menée au sein du Secours Catholique, la Fondation Caritas France a pour principale différence avec sa “maison mère” le fait qu’elle s’adresse à de très grands donateurs. Son positionnement et son histoire résonnent manifestement avec les demandes des philanthropes français puisqu’elle s’est affirmée en quelques années comme l’une des principales fondations abritante de France.

Comment devient on philanthrope ? Significations et raisons de l’engagement

Parler de « significations sociales » de l’engagement comme le fait N.Duvoux, c’est faire ressortir la pluralité des motifs de l’investissement, humain et financier, dans la philanthropie et leurs conséquences. Lorsqu’ils sont interrogés, les philanthropes donnent en effet un sens à leur expérience et il est possible de restituer la cohérence de ces représentations de soi et des autres. C’est enfin une manière de dire que la société exerce son influence, de différentes manières, sur ces acteurs dotés de ressources importantes, non seulement d’un point de vue économique mais également social et culturel. Ces derniers doivent « s’expliquer » avec l’argent dont ils disposent mais aussi avec le regard des autres, notamment sur l’usage qu’ils en font..

Parmi les effets de cet engagement, trois semblent particulièrement importants:

  1. La philanthropie comme outil de gestion patrimoniale : en effet, les philanthropes envisagent souvent leur fondation comme un élément de transmission d’une forme spécifique de richesse. La fondation philanthropique et les valeurs qu’elle porte deviennent ainsi un élément  à part entière (avec les valeurs mobilières ou immobilières) du patrimoine transmis. Très souvent nés dans des milieux favorisés et ayant bénéficié d’un environnement porteur, les philanthropes ont conscience de bénéficier de privilèges et considèrent que cette  condition implique des droits et des devoirs. Partant ils souhaitent redistribuer une partie de leurs avoirs et transmettre cette responsabilité à leur descendance.  
  2. Ce premier élément est directement lié au second motif d’engagement mis au jour par l’étude de N.Duvoux : la dimension symbolique de la famille. Cet attachement, qui pourrait sembler évident de la part de fondateurs au sein d’un organisme lié au catholicisme recouvre cependant plus qu’un conservatisme moral et social. A ce titre et à rebours d’une vision monolithique de la famille, ce qui frappe, c’est au contraire la diversité du type de relations que les individus qualifient de familiales lorsqu’ils évoquent leurs fondations. Cette “famille d’élection” et le travail en commun que suppose une fondation mettent ainsi en oeuvre des relations renouvelées et peuvent agir comme un ciment familial.
  3. Le troisième axe structurant de l’engagement des philanthropes interrogés est qu’ils font l’expérience du franchissement d’une barrière statutaire. L’originalité de celle qu’ils vivent est que cette barrière est située à l’intérieur du monde, déjà fermé, des individus et des ménages les plus riches. Ce cheminement est vécu par l’individu comme l’apprentissage et l’adoption d’une nouvelle identité. Devenir philanthrope, c’est mûrir un projet de mise en cohérence personnelle.

 

Ainsi, devenir fondateur c’est entrer dans une relation à soi et à ses valeurs plus authentique, c’est se tourner vers les autres, mais ceux que l’on a choisis et avec qui on a choisi.

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