Philippe Rosini

Temporaires en Permanence

Le regard de l’anthropologie sur la précarité qu’engendre le travail temporaire.

Le 6ème Prix Annuel de notre Fondation de Recherche Caritas, créée en 2009 sous l’égide de l’Institut de France, a été remis en 2016 à Philippe Rosini, pour sa Thèse de doctorat : Temporaires en permanence – Une ethnologie du travail intérimaire « non qualifié ».

Fruit d’une enquête de plusieurs années en immersion au sein de diverses entreprises du secteur des parfums dans la Région de Grasse (le jeune chercheur étant lui-même justement un « travailleur temporaire en permanence »), cette thèse porte un regard original – celui de l’anthropologie – sur la précarité économique, sociale et humaine qu’engendre le travail temporaire.

Car l’intérim, qui offre aux entreprises des facilités d’embauche et de révocation de la main d’œuvre, et peut parfois se révéler un tremplin vers le sésame du CDI, ouvre de nombreuses questions quant à la condition sociale des intérimaires « non-qualifiés ».

Quelles tensions dans les rapports avec les salariés permanents? Quelle possibilité de montée en compétence, et donc en employabilité, du fait du changement – souvent inopiné – de la nature de la tâche exécutée ? Quelle institutionnalisation de la précarité quand la prise en compte dans les instances de représentation des salariés ne se fait pas, ou qu’à la marge ? Quelles relations sociales quand chaque nouvelle mission impose de nouveaux horaires, de nouveaux collègues de travail ? Quelle estime des autres, et quelle estime de soi, quand tout concoure à « permanentiser » le statut de « temporaire non qualifié » ?

L’exposé des travaux de Philippe Rosini a été suivi d’un débat sur le thème « Le travail intérimaire non qualifié : précarisation ou tremplin vers l’insertion ? » auquel participaient également Gilles de Labarre, Président de Solidarités Nouvelles face au Chômage et François Roux, Délégué Général de Prism’Emploi.