Philippe Charrier

Philippe Charrier

En créant une fondation qui porte le nom de son frère disparu, Philippe Charrier pérennise son engagement dans le développement, en France, de l’association Clubhouse qui porte des centres d’accueil de jour non médicalisés pour personnes atteintes de troubles psychiques. Rencontre avec un homme de “développement désirable”.

Pourquoi s’engager?

Quand on a été très gâté par la vie comme je l’ai été, cela me semble une réaction assez commune de vouloir “rendre” un peu à ceux qui en ont le plus besoin. Ensuite, on choisit les causes que l’on soutient par conviction personnelle. Dans mon cas, tout recoupe l’idée de développement durable, ou plutôt, comme je me plais à l’appeler, de « développement désirable ». C’est mon fil conducteur.

Comment s’est traduit cet engagement jusqu’ici ?

Dans les années 80, nous avions créé – avec d’autres chefs d’entreprise – l’association Academia pour aider des étudiants marocains nécessiteux mais talentueux à faire des études. Puis je me suis intéressé au Conservatoire du littoral, aux mal-logés, à l’environnement… Je suis aussi un membre fondateur du Club Entreprises et Handicap.

Le handicap est donc depuis longtemps une cause qui compte pour vous?

Je le connais bien pour des raisons familiales. D’abord en raison de mon frère – décédé maintenant – dont la fondation porte le nom. Il était à 100 % handicapé du fait d’un traumatisme crânien et d’un coma de quatre ans. Je suis également touché par le handicap psychique dans ma famille très proche.

Comment est née l’idée d’importer le concept du Clubhouse en  France ?

Il y a deux ans, j’ai fait la connaissance d’un homme d’affaires anglo-saxon dont le fils souffre d’un handicap psychique sérieux. Nous en avons discuté, il m’a fait visiter le premier Clubhouse créé, à New-York. J’ai trouvé l’initiative formidable. En France, il y a un vide extraordinaire concernant l’attention portée aux handicapés psychiques. Il m’a semblé que ce projet était une voie idéale pour initier une action collective et professionnelle.

Pourquoi avoir créé une fondation ?

Les Clubhouses sont portés par l’association Cap’cités que j’ai créée. Mais le danger avec une association c’est la dépendance au flux des dons. La Fondation sera le coffre-fort de l’association en cas de problème. Je veillerai à ce que les fonds soient là chaque année. C’est une structure porteuse de sens, un gage d’engagement sur le long terme.

Et pourquoi vous être abrité à la Fondation Caritas France?

Le fait que le Secours Catholique est là pour durer a été important. Si j’ai choisi ce “challenger”, c’est enfin parce qu’il n’est pas trop institutionnel, qu’on y sent la passion, une forme de fraîcheur, et surtout une profonde bienveillance, un profond engagement. L’âge apporte cette beauté de pouvoir choisir avec qui l’on travaille. Quitte à œuvrer pendant les 30 ou 35 prochaines années avec quelqu’un, j’ai préféré choisir ceux avec qui je me sentais vraiment bien.