Découvrez l’interview de Eram AL HEREK, membre du comité de sélection du programme Exils
Dès le printemps 2026 et en cohérence avec son plan stratégique, la Fondation Caritas France a développé deux nouveaux programmes thématiques pour financer et accompagner des associations déjà soutenues par la Fondation Caritas ou ses fondations abritées. Le programme EXILS soutient ainsi 11 associations engagées dans l’accompagnement des personnes en situation d’exil : de l’accueil d’urgence à l’insertion durable. Découvrez l’interview de Eram AL HEREK, membre du comité de sélection du programme Exils :
Eram est entrepreneuse sociale et fondatrice du collectif féministe syrien KAFWE. Installée en France depuis 2017, elle accompagne des initiatives locales et internationales autour des enjeux de citoyenneté, d’inclusion, d’exil et d’autonomisation économique des personnes en situation de vulnérabilité. Son parcours nourrit son engagement pour des sociétés plus inclusives.
FCF – En participant au comité de sélection du programme Exils, qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans les projets des associations candidates ?
Ce qui m’a particulièrement marquée, c’est la diversité des réponses apportées par les associations, mais aussi leur ancrage dans des territoires très différents. Les projets couvraient des besoins variés : l’accès aux droits, la santé mentale, l’insertion, mais aussi l’accueil et l’accompagnement des personnes exilées.
Les projets liés à l’accueil m’ont particulièrement parlé parce qu’ils font écho à mon propre parcours. J’ai également été impressionnée par la mobilisation des bénévoles. Derrière certaines associations, il y avait parfois plus d’une centaine de bénévoles engagés. On parle souvent des structures et des salariés, mais on mesure moins le travail que représente l’animation de ces réseaux et l’accompagnement des bénévoles au quotidien.
C’est un aspect qui m’a vraiment marquée lors de l’étude des dossiers.
FCF – Le programme Exils a fait le choix de réunir autour de la même table des fondations abritées, des experts et des personnes ayant elles-mêmes vécu l’expérience de l’exil, dont vous faites partie. Comment vos parcours et vos expériences respectives ont-ils enrichi votre analyse des projets ?
Intégrer ce comité avait beaucoup de sens pour moi. C’était l’occasion de découvrir les points de vue des différents acteurs présents autour de la table, notamment ceux des fondations et des financeurs et leur manière de réfléchir aux projets.
De mon côté, j’apportais une double casquette : celle d’une professionnelle engagée dans l’accompagnement de projets et dans la vie associative, notamment à travers KAFWE, le collectif féministe syrien que j’ai fondé, et celle d’une personne ayant elle-même connu l’exil.
Mon expérience m’a sans doute rendue plus attentive à la qualité de l’accompagnement proposé, à la place laissée aux personnes concernées et à leur capacité d’agir.
Pour moi, l’accueil est essentiel : il permet de construire un lien sain avec son pays d’adoption. J’ai personnellement bénéficié d’un accueil qui m’a permis d’y trouver progressivement ma place.
J’étais également attentive à la façon dont les associations prenaient en compte les compétences et les expériences des personnes exilées. On parle souvent des difficultés rencontrées à l’arrivée, mais moins de ce que ces personnes peuvent apporter. Pourtant, beaucoup ont déjà un parcours professionnel, des savoir-faire et une expérience qui peuvent devenir de véritables atouts lorsqu’ils sont reconnus et accompagnés.
FCF – Vous avez vous-même bénéficié du soutien d’associations à votre arrivée en France. Quelles formes de soutien ont été les plus importantes pour vous ? Quel rôle ont-elles joué dans votre parcours ?
Pour moi, le plus important a été l’accueil. À mon arrivée en France, nous avons été accueillis, avec mon mari et nos deux chats en Franche-Comté, à Pontarlier, par REPAIR une association portée par des citoyens engagés. Je ne parlais pas un mot de français. Je me souviens de l’accueil à l’aéroport, des bénévoles venus nous chercher avec une remorque pour transporter nos valises.
Nous sommes restés quatre mois sur place. Avec le recul, je considère que cette période a été l’une des clés de ma réussite. Elle m’a permis de franchir un cap et de ne pas rester enfermée dans mon parcours d’asile. J’ai été marquée par les efforts et l’engagement de tous les bénévoles qui nous ont accompagnés.
Lorsque je me suis installée à Lyon en 2018, j’ai poursuivi mon engagement auprès d’associations comme Amnesty International, Alwane ou encore SINGA. Chez SINGA, j’ai rejoint le pôle entrepreneuriat en tant que bénévole chargée d’accompagnement pendant six mois. Cette expérience a été un véritable pilier pour mon insertion professionnelle. Elle m’a permis de faire des rencontres, de passer des entretiens, de comprendre l’écosystème entrepreneurial lyonnais et, progressivement, de retrouver ma place sur le marché du travail.
FCF – Quand l’actualité remet la Syrie au centre de l’attention, qu’aimeriez-vous que l’on comprenne mieux sur les réalités vécues par les personnes exilées ?
J’aimerais rappeler que l’exil ne s’arrête pas à l’arrivée dans un pays. On ne choisit pas l’exil : ce sont les circonstances de la vie et les situations politiques qui nous y conduisent. Ensuite commence souvent un long chemin de reconstruction, pour retrouver une stabilité, recréer des liens sociaux, amicaux et professionnels.
Une phrase me parle particulièrement : Nothing about us without us (« Rien à notre sujet… ne peut se faire sans nous »). On peut parler des personnes exilées, construire des dispositifs pour elles, mais il est essentiel qu’elles puissent aussi participer aux réflexions et aux décisions qui les concernent.
J’aimerais que l’on voit davantage les personnes exilées au-delà de leur statut. Derrière ce mot, il y a des parcours, des compétences, des expériences professionnelles et des projets de vie. L’exil fait partie de leur histoire, mais il ne la résume pas. Lorsqu’elles trouvent leur place, ces personnes participent pleinement à la vie sociale, citoyenne et économique de leur pays d’accueil.