[Vos dons en action] Retrouvez notre série “Réza, un parcours d’Exil”

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A l’âge de 14 ans, après plus d’une année de périple depuis l’Iran, Reza se retrouve à la rue en plein Paris. Ballotté de foyer en foyer, incompris par l’administration, l’orphelin d’origine afghane trouve un soutien de poids auprès de Parcours d’Exil, une association offrant un suivi thérapeutique aux réfugiés victimes de violences. En 2016, grâce à l’aide de la Fondation Caritas France, l’association a lancé un projet pilote à destination des mineurs isolés étrangers. Un programme d’hébergement et d’aide juridique pour ces jeunes parfois injustement déclarés majeurs par l’Aide Sociale à l’Enfance. Aujourd’hui encadrant pour Parcours d’Exil, Reza, huit ans après son arrivée, les aide à construire leur avenir en France.
Un projet – une histoire

Dans le salon de son petit studio parisien, Reza, 22 ans, sert le thé. D’une voix calme et claire, pesant ses mots dans un français parfait, le jeune homme d’origine afghane entame son histoire. Autour de lui, des étagères remplies de livres et sur une commode, un casque et un béret de l’armée française. Les souvenirs d’une année passée à servir la France, “à regarder tous les matins se hisser le drapeau “ avec fierté. S’il a beaucoup appris et reste prêt à rejoindre les rangs en cas d’appel des réservistes, Reza a choisi une autre voie. Son combat à lui se gagnera sans armes puisqu’il a dédié sa vie à la défense des droits de l’enfant. Pour cet orphelin contraint de grandir trop vite afin d’échapper aux coups du sort et à la violence des hommes, réparer l’injustice est devenu un besoin viscéral.

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Le jeune homme l’affirme sans détour : “ce qui a changé ma vie, c’est ma rencontre avec Parcours d’Exil”. L’association créée en 2001 propose un accompagnement médical et thérapeutique gratuit aux personnes réfugiées victimes de tortures et de traumatismes. En 2016, 817 personnes – principalement originaires de Guinée, du Congo (RDC) et d’Afghanistan – ont été prises en charge par l’association. Constituée de médecins, psychologues, psychothérapeutes, art-thérapeutes et kinésithérapeutes, l’équipe entend apporter au patient – mineur comme majeur – un suivi complet. En 2015, Parcours d’Exil dresse un constat alarmant : par manque d’accès au droit, de nombreux mineurs isolés étrangers sont déclarés majeurs par l’Aide Sociale à l’Enfance et se retrouvent à la rue. L’association, grâce au soutien de la Fondation Caritas France, monte un projet pilote : héberger et accompagner juridiquement ces jeunes pour leur permettre de contester en appel le jugement, être reconnus mineurs et bénéficier d’une prise en charge jusqu’à leur majorité.

Devenu encadrant auprès de ces jeunes, Reza se reconnaît en eux et les comprend mieux que personne. “Je leur dis : j’étais comme toi à l’époque, c’était très dur mais on m’a tendu la main, on a cru en moi et j’ai réussi. Aujourd’hui, tu vois, j’aime mon travail. Et je les vois avec le sourire, les yeux qui brillent.” Reza souhaite que son témoignage donne la force à ces jeunes de se battre à leur tour pour choisir leur avenir. Car il y a huit ans, c’est lui qui passait la porte de l’association, avec ses rêves et ses blessures d’exil.

 

 


Episode 2 – SEUL AU MONDE

Il est 5h26 du matin à Bam, au Sud-Est de l’Iran, lorsqu’un séisme de magnitude 6,5 frappe la ville. Nous sommes le 26 décembre 2003. En quelques secondes, le tremblement de terre rase la ville. Sous les décombres, les secours s’attèlent à la recherche des survivants. Reza, alors âgé de huit ans, est l’un d’entre eux. “J’arrivais à respirer grâce à un trou formé par deux briques. Au bout d’une demi-journée là-dedans, les secours m’ont sorti. J’étais le seul survivant des 75 membres de ma famille.” Au total, 35 000 personnes trouvent la mort dans le tremblement de terre. Les survivants sont déplacés dans les camps de réfugiés installés par la Croix Rouge. Reza y passe trois ans puis trouve un petit appartement à Bam avec d’autres jeunes du camp. “Ils étaient plus âgés, je les aidais à construire des bâtiments de la ville. En échange, eux me nourrissaient et m’hébergeaient. J’ai grandi très vite. A 12 ans, j’avais déjà un mental d’adulte.” Mais rapidement, son statut de réfugié afghan le rattrape. “Quand on est sans-papiers, on est renvoyé en Afghanistan. A l’époque c’était dangereux avec la guerre. Alors vu que je ne pouvais pas rester ni étudier librement en Iran, je suis parti. ” A l’âge de 13 ans, Reza décide de tenter sa chance en Europe. Commence alors une longue et périlleuse épopée.

Le jeune garçon traverse à pied la frontière irano-turque. Près de Van en Turquie, il se retrouve placé dans un orphelinat géré par les Nations Unies. Pas question pour lui d’y rester, il part pour Istanbul. Au bout de quelques mois, il monte dans un bateau gonflable avec quatre autres jeunes réfugiés pour rejoindre la Grèce. “On a passé toute la nuit en mer. Il y avait un trou dans le bateau, donc près de la côte grecque on a commencé à couler. J’ai eu très peur. Heureusement, la police grecque est arrivée.” Direction le centre de rétention pendant 40 jours. Là, il fait la connaissance d’Ali, un jeune garçon d’origine afghane, comme lui. Les deux garçons décident de poursuivre leur route ensemble.

Ils souhaitent atteindre la Suède : “j’avais entendu que là-bas on pouvait étudier facilement”. Pour l’heure, il faut passer par l’Italie. Et en Europe, chaque passage de frontière se transforme en parcours du combattant. Au port grec de Patras, ils sautent dans un camion de marchandise censé rejoindre la côte italienne par bateau. “La police grecque nous a trouvés. Ils étaient quatre, moi j’étais leur ballon de foot. Ils m’ont shooté de partout. A un moment ils m’ont cassé le doigt, j’ai crié et montré ma main et ils ont fini par arrêter.” Choqué et affaibli, Reza attend quelques semaines avant de retenter sa chance. A la troisième tentative, les deux garçons atteignent l’Italie, cachés dans un camion de transport de raisins secs. “On a passé deux jours là-dedans, on avait ramené des briques de lait pour pisser dedans et éviter que les policiers nous trouvent.” Reste à rejoindre Rome pour ensuite passer en France. Au rythme des contrôles, les deux jeunes sont expulsés du train, avant de prendre le suivant, puis un autre, encore et encore. Quelques jours plus tard, Reza, alors âgé de 14 ans, débarque à Paris.


Episode 3 – “FAUT PAS RÊVER REZA, LES ÉTUDES C’EST PAS POUR TOI”

Après un an de périple depuis l’Iran, Reza pose le pied sur le quai de la Gare de Lyon. “En Italie on m’avait dit : une fois que tu arrives à la Gare de Lyon, tu prends le bus 65, tu comptes 10 arrêts, tu descends à Gare de l’Est et tu demandes le Square Villemins. Là tu trouveras la communauté afghane.” Soudés mais démunis, les deux ados passent deux semaines sous le pont du métro Jaurès tandis que le froid de novembre commence à s’abattre sur la capitale. “J’avais le pantalon troué, de l’eau dans mes chaussures. Tous les matins la police venait nous réveiller en nous disant de partir. Et la journée on tournait en rond.” Repérés par l’association Enfants du Monde, Reza et Ali se voient proposer une place en centre d’hébergement. Une éducatrice référente est chargée de leur expliquer leurs droits en tant que mineurs isolés étrangers en France. “C’est là que j’ai dit à Ali : moi je peux plus avancer, je suis fatigué, on a vécu trop de choses, on a qu’à rester ici. Mais si on reste ici, on va chercher des livres et on apprend le français.” Les deux garçons sont alors pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

REZA_3Les premiers mois, les codes et moeurs de la société française déroutent le jeune homme. “C’était un choc de voir comment s’habillaient les femmes, comment les gens se comportaient, buvaient de l’alcool dans la rue, pissaient dans la rue, criaient, pour moi tout ça c’était très étrange. Je ne me sentais pas bien.” Certaines pratiques de l’Aide Sociale à l’Enfance le mettent également très mal à l’aise. “A l’ASE, les éducateurs avaient leurs préférés : j’avais par exemple un ami afghan qui était très beau, grand, costaud. Son éducatrice lui donnait 50 euros par semaine pour s’acheter des habits. Elle s’occupait aussi d’un autre jeune et lui, il n’avait jamais rien.” Au bout de huit mois d’attente, Reza passe devant le juge chargé de reconnaître sa minorité. “Moi j’ai eu de la chance. J’ai pu avoir mon acte de naissance, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Des amis en Iran avaient fait la demande pour moi en Afghanistan et me l’avaient envoyé par la poste.” Sans documents attestant de sa minorité, impossible en France d’être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Contrairement à d’autres, Reza, grâce au précieux sésame, obtient le droit de rester en foyer et d’aller à l’école.

Le jeune homme a un rêve : étudier les sciences politiques. Il travaille dur pour y parvenir. Ses progrès en français sont fulgurants. Mais s’il obtient les meilleurs résultats de la classe d’accueil du foyer, il est pourtant loin d’être le préféré de son enseignante qui n’apprécie guère ses prétentions aux études supérieures. “La prof’ principale me disait : mais c’est pas pour toi Reza, t’es fou, tu vas te casser la gueule. Sciences Po c’est pour les bourgeois, les intellectuels. Toi t’as pas d’argent, t’as rien.” Même son de cloche du côté des éducateurs du centre qui ne manquent pas une occasion de rabaisser le jeune homme. “Ils me mettaient la pression pour que j’aille en filière professionnelle, pour que je sorte de leur système plus rapidement. Les autres jeunes, eux, acceptaient parce qu’ils pensaient qu’ils n’avaient pas de choix. Moi non. Je me sentais un combattant.” Au foyer, personne ne souhaite l’aider à s’inscrire en troisième générale. Reza se rend donc tout seul à l’école la plus proche.” Je suis allé au rectorat chercher mon dossier, puis je suis allé à l’école, j’ai demandé à voir le directeur. Au début il m’a dit qu’il n’y avait pas de place. Je l’ai convaincu de regarder mes bulletins. Il les a regardés et m’a dit : c’est bon, tu peux commencer lundi.”


Episode 4 – DU SOUTIEN, ENFIN

Incompris par ses éducateurs, brimé par l’administration, Reza trouve une oreille attentive auprès de Parcours d’Exil. Depuis son arrivée, l’ado fait beaucoup de cauchemars et souffre de maux de tête incessants. Au foyer, on lui a donné l’adresse de l’association. “Quand on arrive à Parcours d’Exil en tant que mineur on est reçu par le docteur Duterte. Il est aussi psychothérapeute et il a une grande expérience des jeunes victimes de violences. Il définit les autres besoins s’il y en a : kiné, ostéopathe, art-thérapie, cours de français, aide juridique pour les démarches administratives.” Au début, Reza s’y rend pour ses séances de psychothérapie. Puis, progressivement pour des conseils, d’autres demandes. J’ai compris qu’ils étaient là pour m’aider, qu’ils n’attendaient rien en retour.” Là-bas, Reza a enfin le sentiment qu’on l’écoute et se sent soutenu dans ses choix. A partir de là, Parcours d’Exil ne le lâchera plus.

REZA_6Aux membres de l’association, Reza confie ses rêves d’études supérieures. On lui trouve du matériel scolaire, des livres, un stage à Sciences Po. On l’accompagne également pour s’inscrire en seconde générale. Progressivement, Reza panse ses blessures et retrouve confiance. A l’école, il travaille comme un acharné pour tenir le niveau de la seconde générale. “C’était dur. Je bossais jour et nuit.” A force de passer du temps avec l’association, Reza commence à vouloir aider à son tour. “Je voulais m’engager, aider moi aussi. J’ai souhaité créer une propre association pour favoriser l’éducation des enfants d’Afghanistan et d’ailleurs. Avec le docteur Duterte, on a fondé ensemble l’association.

En 2013, Reza fête ses 18 ans. Il est naturalisé français. En tant qu’ancien patient de Parcours d’Exil, il entre au Conseil d’Administration. Pour le jeune homme, c’est également l’heure du choix : poursuivre ses études jusqu’au Baccalauréat ou développer son association à 100% dans son pays d’origine, l’Afghanistan. Le désir d’engagement l’emporte. Reza s’envole pour Kaboul et ne rentrera que deux ans plus tard. “Là-bas, j’ai créé une école grâce aux dons des adhérents de mon association, mais aussi un centre de soin pour les victimes de violences et traumatismes avec Parcours d’Exil. Le docteur Duterte est venu quatre fois en Afghanistan pour former les psychologues.” Pendant son séjour, Reza fait la connaissance d’Asefe, une jeune Afghane revenue comme lui au pays après des années passées en exil en Iran. Les deux jeunes tombent amoureux et se marient. Mais à l’été 2015, la violence et l’instabilité politique qui secouent le pays rattrapent le jeune couple. “On est venu me dire que mon nom était sur la liste des Talibans. Soit j’augmentais le nombre de garde du corps et j’achetais des voitures blindées pour me défendre, soit je partais.” Reza et son épouse décident de rentrer en France.


Episode 5 – AIDER LES JEUNES, A SON TOUR

L’année 2015 est marquée par un pic dans la crise des réfugiés, jamais égalé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Des milliers de bateaux de fortune, transportant adultes et enfants, atteignent les côtes grecques et italiennes. Progressivement, des camps de réfugiés voient le jour en plein Paris. Là, des milliers de personnes démunies s’entassent avec l’espoir de pouvoir construire une vie meilleur en France. Rapidement, à Parcours d’Exil, on s’inquiète d’un manque d’accès au droit pour les mineurs isolés étrangers. “Un jour, un jeune que l’on suivait en soin vient nous voir catastrophé, raconte Jérôme Boillat, directeur du développement pour Parcours d’Exil. Il venait d’être jeté de son lieu d’hébergement car l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) l’avait reconnu majeur. Il se retrouvait à la rue avant même de pouvoir contester cette décision en appel. Ca nous a ouvert les yeux sur le côté kafkaïen de la procédure. On a souhaité défendre l’accès au droit.” Parcours d’Exil décide de lancer un projet d’hébergement et d’accompagnement juridique pour contester les décisions de l’ASE et préparer l’appel auprès du juge. Lorsqu’il apprend le lancement du projet, Reza est à l’armée. Il en est persuadé, sa place est auprès de ces jeunes. Il propose sa candidature à la direction. Sa demande est acceptée à l’unanimité. “Ca nous paraissait très cohérent d’engager un gamin passé par là, qui a connu le voyage, les difficultés à l’arrivée en France, quelqu’un qui pourrait bien les comprendre”, raconte Jérôme Boillat. En quelques jours, Reza quitte l’armée et prend son poste.

Soutenu par la Fondation Caritas France, le projet pilote lancé en 2016 a déjà permis la prise en charge de 12 mineurs considérés comme majeurs. Bilan après deux ans d’expérimentation : 9 ont pu faire reconnaître leur minorité en appel, 2 sont en attente de jugement et un seul a été reconnu majeur. “On les héberge, on cherche leur famille ou on essaye d’obtenir leur certificat de naissance pour accélérer la procédure de recours auprès du juge”, explique Reza. Une fois sa minorité reconnue, le jeune retourne sous la tutelle de l’Aide Sociale à l’Enfance et laisse la place à un autre mineur en détresse. Mais l’équipe de Parcours d’Exil ne les lâche pas pour autant. L’association les aide à concrétiser leurs projets d’avenir, quels qu’ils soient. Grâce à son expérience personnelle et ses années d’associatif, Reza est devenu expert, notamment en procédures : “je les accompagne aux audiences, je les aide pour les papiers, je leur explique les codes de la société française et je leur dit qu’ils ont raison d’avoir des projets.” Pas question pour lui de brimer les rêves de ses protégés.

Reza espère qu’un jour ces gosses parviendront à voir la France telle qu’il la perçoit aujourd’hui : “Au début, tout ce que je voyais de la France c’était l’Aide sociale à l’enfance : une administration dure, violente, qui ne marche pas. Parcours d’Exil a changé ma vision de la France, des français. Grâce à l’association j’ai pu rencontrer beaucoup de gens, des gens généreux. J’ai appris à faire confiance, à m’ouvrir, à travailler. Aujourd’hui, j’ai un amour pour la France et à l’armée j’étais prêt à mourir pour elle.” S’il garde un lien étroit avec son pays d’origine, Reza construit maintenant sa vie en France. Sur son temps libre, le jeune homme travaille à la création du premier centre culturel franco-afghan. Et quand la situation financière du couple le permettra, il aimerait reprendre ses études, décrocher un master en sciences politiques. Un rêve de gosse qui, malgré tout ce qu’il a accompli, ne l’a jamais vraiment quitté. A travers son témoignage, ce “citoyen du monde” comme il aime à se décrire, souhaite faire passer un dernier message : “Chaque jour, il y a une centaine de jeunes qui arrivent en France et parmi eux, il y a peut-être 90 Reza. Ils ont beaucoup à apporter à la société française. Mais ils ne sont pas aidés malheureusement. Voilà pourquoi les initiatives portées par Parcours d’Exil sont si importantes. 

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