Découvrez l'association Mur’Mures, lauréate du prix Caritas Jeunes Pousses
Yannick Deslandes, entrepreneur social, fondateur de l’association.
FCF – Quel est le projet porté par votre association dans le cadre du Prix Caritas Jeunes Pousses ? Est-ce votre premier projet entrepreneurial ? Quelles ont été les motivations qui vous ont amené à créer ce projet ?
L’association Mur’Mures porte un projet de prévention et de sensibilisation autour des réalités carcérales, des conséquences de l’incarcération et des illusions de l’argent facile liées au trafic de stupéfiants.
Notre action repose sur un dispositif unique : une cellule carcérale mobile immersive, intégrée dans une remorque aménagée, qui se déplace dans les collèges, lycées, quartiers prioritaires, universités, structures sociales et espaces publics.
À travers cette immersion, suivie d’un témoignage et d’ateliers pédagogiques, nous permettons aux participants, principalement des jeunes, de toucher du doigt ce que signifie réellement l’enfermement, au-delà des fantasmes véhiculés sur les réseaux sociaux ou dans la rue.
Ce projet est né de mon propre parcours : après 22 ans de détention pour trafic de stupéfiants, j’ai choisi de transformer ce passé en outil de prévention.
Mur’Mures est mon premier projet entrepreneurial structuré à cette échelle, même si je mène des actions de témoignage depuis presque 2 années. Ma motivation principale est simple : contribuer à ce que d’autres ne suivent pas le chemin que j’ai pris, et proposer une autre voie possible.
FCF – En quoi votre projet est-il innovant ou différent de ce qui existe déjà ?
Le projet Mur’Mures se distingue par son approche expérientielle et immersive.
Il ne s’agit pas seulement d’un témoignage ou d’une conférence, mais d’une expérience sensorielle complète : lumière, sons, espace contraint, objets, ambiance… Les visiteurs vivent physiquement une forme d’enfermement, ce qui provoque une prise de conscience émotionnelle forte.
L’innovation réside aussi dans le croisement de trois dimensions : le vécu d’un ancien détenu devenu acteur de prévention, un dispositif mobile et accessible partout, des ateliers participatifs construits avec des outils pédagogiques adaptés aux jeunes publics.
Notre projet relie prévention, réinsertion et transmission d’expérience dans un format inédit et duplicable sur d’autres territoires.
FCF – Quels sont, selon vous, les enjeux pour les entrepreneurs sociaux aujourd’hui ? Quels besoins ? Quelles clés de réussite ?
Les entrepreneurs sociaux font face à plusieurs enjeux majeurs : la recherche de financements durables, la reconnaissance de leurs actions sur le long terme, la capacité à mesurer leur impact social.
Le besoin principal aujourd’hui, c’est le temps. Le temps de structurer, d’expérimenter, d’évaluer, et d’ajuster. Il faut aussi une meilleure coopération entre les acteurs associatifs, les institutions publiques et les fondations privées.
Les clés de réussite reposent selon moi sur trois piliers :
- une vision claire et incarnée
- une capacité à s’entourer et à créer du lien
- une fidélité à ses valeurs, même dans les moments de doute.
FCF – Que représente pour votre association le fait d’être lauréat du Prix Caritas Jeunes Pousses ? En quoi est-ce important pour une fondation de soutenir des projets émergents ?
Être lauréat du Prix Caritas Jeunes Pousses représente une reconnaissance forte du sens et de la légitimité de notre action. C’est un signal de confiance, mais aussi un soutien moral et financier essentiel pour continuer à faire grandir le projet. Pour une fondation comme Caritas, soutenir des projets émergents, c’est investir dans l’avenir, donner une chance à des initiatives de terrain portées par des personnes souvent directement concernées par les fragilités sociales.
C’est permettre à des idées nouvelles, issues du réel, de se structurer et de se développer au service des plus vulnérables.