Découvrez l'association Menthe Poivrée, lauréate du prix Caritas Jeunes Pousses
Clotilde Kullmann, directrice.
FCF – Quel est le projet porté par votre association dans le cadre du Prix Caritas Jeunes Pousses ? Est-ce votre premier projet entrepreneurial ? Quelles ont été les motivations qui vous ont amenées à créer ce projet ?
Notre projet associatif vise à mettre en œuvre des actions complémentaires autour de la socio-esthétique et de la socio-coiffure pour améliorer l’estime de soi des personnes ayant été confrontées à une atteinte à leur intégrité physique ou psychique. Ces personnes peuvent avoir été touchées par la précarité, l’isolement, l’éloignement de l’emploi, le parcours migratoire, la maladie, le handicap, la vieillesse, la fin de vie ou la détention, et cumulent très souvent plusieurs difficultés.
Notre projet a pour objectifs de lutter contre l’isolement social et le sentiment d’exclusion, de favoriser l’insertion professionnelle et sociétale, de réduire les inégalités d’accès aux soins et aux produits d’hygiène corporelle et de soutenir les professionnels de la santé mentale et physique.
Il s’articule autour de deux missions complémentaires. D’une part, nous proposons des soins adaptés aux besoins spécifiques des bénéficiaires de 0 à 99 ans de près d’une quarantaine de structures médicales, socio-médicales, sociales et de l’insertion par l’emploi en Loire-Atlantique. Ces soins s’inscrivent dans une démarche d’accompagnement global des personnes, en ce sens qu’ils s’appuient sur l’approche psychocorporelle, complémentaire de l’approche verbale proposée notamment par les psychologues et les travailleurs sociaux. Concrètement, nous utilisons des outils techniques corporels et esthétiques dans un cadre de dialogue et d’écoute bienveillante pour favoriser la détente, l’expression des émotions et l’apprentissage de gestes d’hygiène du quotidien, essentiels pour se sentir mieux dans son corps et sa tête, avec soi-même et donc avec les autres.
D’autre part, nous déployons des actions en dehors de nos structures prescriptrices pour atteindre des personnes isolées « hors des radars » des institutions. À titre d’illustration, nous installons une vente solidaire de produits d’hygiène corporelle et de beauté par mois dans un quartier défavorisé pour lutter contre la précarité hygiénique, sensibiliser à l’importance des soins corporels et orienter vers des professionnels ressources selon les problématiques que nous identifions.
Menthe Poivrée est notre premier projet entrepreneurial collectif. Il a été initié en février 2024 par Julie, Léa et Sophie, trois socio-esthéticiennes passionnées et très engagées, qui avaient envie de travailler ensemble et que j’ai très vite rejointes pour les accompagner dans le pilotage du projet. L’idée était d’enrichir leurs pratiques, de pouvoir se soutenir au quotidien et de monter des actions collectives ambitieuses, impossibles à réaliser de façon individuelle. Tout ça pour avoir encore plus d’impact !
FCF – En quoi votre projet est-il innovant ou différent de ce qui existe déjà ?
Notre projet se démarque par la combinaison entre une organisation collaborative et des actions collectives inédites pour lutter contre la précarité hygiénique, sociale et économique.
C’est la première fois que des socio-esthéticiennes et socio-coiffeuses sont salariées dans un cadre de travail commun permettant de mutualiser leurs ressources, de partager leurs compétences et de co-construire des projets, à la fois dans des structures partenaires et à l’extérieur.
Ce modèle « intégré » favorise la création de liens solides et durables avec nos structures partenaires tout en proposant des soins variés, personnalisés et complémentaires grâce aux expertises de chacune des praticiennes. Par exemple, en plus de leur diplôme en socio-esthétique, Léa s’est spécialisée en soins palliatifs, Victoria a été maquilleuse professionnelle et s’est formée en colorimétrie, Julie a travaillé pendant des années auprès de publics en très grande précarité et Sophie a reçu plusieurs formations en techniques de massage.
C’est aussi grâce à cette organisation collective que nous pouvons expérimenter des actions nouvelles à géométrie variable, comme nos ventes solidaires, qui nourrissent nos pratiques et renforcent nos impacts sur le terrain, ou encore le projet de co-créer un livret sur nos pratiques.
Notre projet vise enfin à créer des emplois stables et à améliorer la qualité de vie au travail des praticiennes qui accompagnent leurs bénéficiaires dans des contextes très souvent difficiles.
Cette démarche se traduit par l’instauration d’espaces d’échange et d’analyse de pratiques ou encore par la mise en place d’une protection sociale.
FCF – Quels sont, selon vous, les enjeux pour les entrepreneurs sociaux aujourd’hui ? Quels besoins ? Quelles clés de réussite ?
Comme beaucoup d’entrepreneurs dans le domaine de l’économie sociale et solidaire, nous avons pour enjeu de développer nos pratiques dans des contextes de plus en plus compliqués sur les plans social et financier. Nous avons besoin de bâtir des partenariats solides, de mobiliser de nouveaux financements pour garantir notre résilience et pouvoir faire évoluer notre modèle en fonction des besoins, sans devoir agir dans l’urgence.
C’est pour cela que nous avons besoin de la confiance et du soutien des institutions. Ce soutien est essentiel pour assurer la pérennité financière de notre structure, développer nos actions et répondre à nos missions sociales.
FCF – Pouvez-vous nous dire ce que représente pour votre association le fait d’être lauréat du Prix Caritas Jeunes Pousses ? En quoi est-ce important pour une fondation de soutenir des projets émergents ?
Le soutien de la Fondation Caritas représente une reconnaissance précieuse de notre démarche et de notre potentiel.
Il valorise nos pratiques en tant que levier de réinsertion sociétale et contribue à souligner l’importance de les intégrer dans des parcours d’accompagnement global des personnes en difficulté.
Ce soutien est vraiment essentiel pour une structure jeune comme la nôtre. Il représente une marque de confiance qui nous confirme que nous nous dirigeons dans la bonne direction. Il nous offre aussi une visibilité qui favorisera sans doute l’ouverture de nouvelles opportunités de partenariats.
Sur le plan financier, cette reconnaissance nous permet de concentrer nos efforts sur la structuration et le développement de notre projet en vue d’atteindre une autonomie financière dans les prochaines années. En soutenant des projets comme le nôtre, la Fondation joue un rôle clé dans l’émergence de solutions innovantes et dans le test de dispositifs qui répondent aux enjeux sociaux actuels.
Crédit photo : Karoll Petit