Vos dons en action: Réza, un parcours d’Exil – épisode 5

Vos dons en action: Réza, un parcours d’Exil – épisode 5

A l’âge de 14 ans, après plus d’une année de périple depuis l’Iran, Reza se retrouve à la rue en plein Paris. Ballotté de foyer en foyer, incompris par l’administration, l’orphelin d’origine afghane trouve un soutien de poids auprès de Parcours d’Exil, une association offrant un suivi thérapeutique aux réfugiés victimes de violences. En 2016, grâce à l’aide de la Fondation Caritas France, l’association a lancé un projet pilote à destination des mineurs isolés étrangers. Un programme d’hébergement et d’aide juridique pour ces jeunes parfois injustement déclarés majeurs par l’Aide Sociale à l’Enfance. Aujourd’hui encadrant pour Parcours d’Exil, Reza, huit ans après son arrivée, les aide à construire leur avenir en France.

Episode 5 – AIDER LES JEUNES, A SON TOUR

L’année 2015 est marquée par un pic dans la crise des réfugiés, jamais égalé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Des milliers de bateaux de fortune, transportant adultes et enfants, atteignent les côtes grecques et italiennes. Progressivement, des camps de réfugiés voient le jour en plein Paris. Là, des milliers de personnes démunies s’entassent avec l’espoir de pouvoir construire une vie meilleur en France. Rapidement, à Parcours d’Exil, on s’inquiète d’un manque d’accès au droit pour les mineurs isolés étrangers. “Un jour, un jeune que l’on suivait en soin vient nous voir catastrophé, raconte Jérôme Boillat, directeur du développement pour Parcours d’Exil. Il venait d’être jeté de son lieu d’hébergement car l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE) l’avait reconnu majeur. Il se retrouvait à la rue avant même de pouvoir contester cette décision en appel. Ca nous a ouvert les yeux sur le côté kafkaïen de la procédure. On a souhaité défendre l’accès au droit.” Parcours d’Exil décide de lancer un projet d’hébergement et d’accompagnement juridique pour contester les décisions de l’ASE et préparer l’appel auprès du juge. Lorsqu’il apprend le lancement du projet, Reza est à l’armée. Il en est persuadé, sa place est auprès de ces jeunes. Il propose sa candidature à la direction. Sa demande est acceptée à l’unanimité. “Ca nous paraissait très cohérent d’engager un gamin passé par là, qui a connu le voyage, les difficultés à l’arrivée en France, quelqu’un qui pourrait bien les comprendre”, raconte Jérôme Boillat. En quelques jours, Reza quitte l’armée et prend son poste.

Soutenu par la Fondation Caritas France, le projet pilote lancé en 2016 a déjà permis la prise en charge de 12 mineurs considérés comme majeurs. Bilan après deux ans d’expérimentation : 9 ont pu faire reconnaître leur minorité en appel, 2 sont en attente de jugement et un seul a été reconnu majeur. “On les héberge, on cherche leur famille ou on essaye d’obtenir leur certificat de naissance pour accélérer la procédure de recours auprès du juge”, explique Reza. Une fois sa minorité reconnue, le jeune retourne sous la tutelle de l’Aide Sociale à l’Enfance et laisse la place à un autre mineur en détresse. Mais l’équipe de Parcours d’Exil ne les lâche pas pour autant. L’association les aide à concrétiser leurs projets d’avenir, quels qu’ils soient. Grâce à son expérience personnelle et ses années d’associatif, Reza est devenu expert, notamment en procédures : “je les accompagne aux audiences, je les aide pour les papiers, je leur explique les codes de la société française et je leur dit qu’ils ont raison d’avoir des projets.” Pas question pour lui de brimer les rêves de ses protégés.

Reza espère qu’un jour ces gosses parviendront à voir la France telle qu’il la perçoit aujourd’hui : “Au début, tout ce que je voyais de la France c’était l’Aide sociale à l’enfance : une administration dure, violente, qui ne marche pas. Parcours d’Exil a changé ma vision de la France, des français. Grâce à l’association j’ai pu rencontrer beaucoup de gens, des gens généreux. J’ai appris à faire confiance, à m’ouvrir, à travailler. Aujourd’hui, j’ai un amour pour la France et à l’armée j’étais prêt à mourir pour elle.” S’il garde un lien étroit avec son pays d’origine, Reza construit maintenant sa vie en France. Sur son temps libre, le jeune homme travaille à la création du premier centre culturel franco-afghan. Et quand la situation financière du couple le permettra, il aimerait reprendre ses études, décrocher un master en sciences politiques. Un rêve de gosse qui, malgré tout ce qu’il a accompli, ne l’a jamais vraiment quitté. A travers son témoignage, ce “citoyen du monde” comme il aime à se décrire, souhaite faire passer un dernier message : “Chaque jour, il y a une centaine de jeunes qui arrivent en France et parmi eux, il y a peut-être 90 Reza. Ils ont beaucoup à apporter à la société française. Mais ils ne sont pas aidés malheureusement. Voilà pourquoi les initiatives portées par Parcours d’Exil sont si importantes. 

Une histoire racontée par Louise S. Vignaud, illustrée par Manon Baba / Agence Apidae

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