Vos dons en action: Réza, un parcours d’Exil – épisode 3

Vos dons en action: Réza, un parcours d’Exil – épisode 3

A l’âge de 14 ans, après plus d’une année de périple depuis l’Iran, Reza se retrouve à la rue en plein Paris. Ballotté de foyer en foyer, incompris par l’administration, l’orphelin d’origine afghane trouve un soutien de poids auprès de Parcours d’Exil, une association offrant un suivi thérapeutique aux réfugiés victimes de violences. En 2016, grâce à l’aide de la Fondation Caritas France, l’association a lancé un projet pilote à destination des mineurs isolés étrangers. Un programme d’hébergement et d’aide juridique pour ces jeunes parfois injustement déclarés majeurs par l’Aide Sociale à l’Enfance. Aujourd’hui encadrant pour Parcours d’Exil, Reza, huit ans après son arrivée, les aide à construire leur avenir en France.
Un projet – une histoire

Episode 3 – “FAUT PAS RÊVER REZA, LES ÉTUDES C’EST PAS POUR TOI”

Après un an de périple depuis l’Iran, Reza pose le pied sur le quai de la Gare de Lyon. “En Italie on m’avait dit : une fois que tu arrives à la Gare de Lyon, tu prends le bus 65, tu comptes 10 arrêts, tu descends à Gare de l’Est et tu demandes le Square Villemins. Là tu trouveras la communauté afghane.” Soudés mais démunis, les deux ados passent deux semaines sous le pont du métro Jaurès tandis que le froid de novembre commence à s’abattre sur la capitale. “J’avais le pantalon troué, de l’eau dans mes chaussures. Tous les matins la police venait nous réveiller en nous disant de partir. Et la journée on tournait en rond.” Repérés par l’association Enfants du Monde, Reza et Ali se voient proposer une place en centre d’hébergement. Une éducatrice référente est chargée de leur expliquer leurs droits en tant que mineurs isolés étrangers en France. “C’est là que j’ai dit à Ali : moi je peux plus avancer, je suis fatigué, on a vécu trop de choses, on a qu’à rester ici. Mais si on reste ici, on va chercher des livres et on apprend le français.” Les deux garçons sont alors pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE).

REZA_3Les premiers mois, les codes et moeurs de la société française déroutent le jeune homme. “C’était un choc de voir comment s’habillaient les femmes, comment les gens se comportaient, buvaient de l’alcool dans la rue, pissaient dans la rue, criaient, pour moi tout ça c’était très étrange. Je ne me sentais pas bien.” Certaines pratiques de l’Aide Sociale à l’Enfance le mettent également très mal à l’aise. “A l’ASE, les éducateurs avaient leurs préférés : j’avais par exemple un ami afghan qui était très beau, grand, costaud. Son éducatrice lui donnait 50 euros par semaine pour s’acheter des habits. Elle s’occupait aussi d’un autre jeune et lui, il n’avait jamais rien.” Au bout de huit mois d’attente, Reza passe devant le juge chargé de reconnaître sa minorité. “Moi j’ai eu de la chance. J’ai pu avoir mon acte de naissance, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Des amis en Iran avaient fait la demande pour moi en Afghanistan et me l’avaient envoyé par la poste.” Sans documents attestant de sa minorité, impossible en France d’être pris en charge par l’Aide Sociale à l’Enfance. Contrairement à d’autres, Reza, grâce au précieux sésame, obtient le droit de rester en foyer et d’aller à l’école.

Le jeune homme a un rêve : étudier les sciences politiques. Il travaille dur pour y parvenir. Ses progrès en français sont fulgurants. Mais s’il obtient les meilleurs résultats de la classe d’accueil du foyer, il est pourtant loin d’être le préféré de son enseignante qui n’apprécie guère ses prétentions aux études supérieures. “La prof’ principale me disait : mais c’est pas pour toi Reza, t’es fou, tu vas te casser la gueule. Sciences Po c’est pour les bourgeois, les intellectuels. Toi t’as pas d’argent, t’as rien.” Même son de cloche du côté des éducateurs du centre qui ne manquent pas une occasion de rabaisser le jeune homme. “Ils me mettaient la pression pour que j’aille en filière professionnelle, pour que je sorte de leur système plus rapidement. Les autres jeunes, eux, acceptaient parce qu’ils pensaient qu’ils n’avaient pas de choix. Moi non. Je me sentais un combattant.” Au foyer, personne ne souhaite l’aider à s’inscrire en troisième générale. Reza se rend donc tout seul à l’école la plus proche.” Je suis allé au rectorat chercher mon dossier, puis je suis allé à l’école, j’ai demandé à voir le directeur. Au début il m’a dit qu’il n’y avait pas de place. Je l’ai convaincu de regarder mes bulletins. Il les a regardés et m’a dit : c’est bon, tu peux commencer lundi.”

Une histoire racontée par Louise S. Vignaud, illustrée par Manon Baba / Agence Apidae

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